La
théorie des cas sémantiques de Fillmore
La théorie des voix permet à B. Pottier de
prolonger en leur donnant une pleine cohérence les tentatives de
Tesnière (1959), puis de Fillmore (1968).
Sans entrer dans des commentaires d’analyses
aujourd’hui dépassées, on peut se référer aux commentaires de G.
Sabah (1990, chapitre 3 « Grammaires de cas »), et plus
précisément aux exemples qui le préoccupent, syntaxiquement
identiques, mais qu’une bonne théorie sémantique doit permettre de
différencier.
Première série d’exemples :

On constate que les deux premiers cas ne sont pas
distingués et que la forme du verbe reste la même dans les trois cas.
B. Pottier note (TAL p.144) que certains verbes, comme casser ou
les verbes de coloration (jaunir) conservent la même forme comme
évolutifs et comme causatifs (« le papier
jaunit / Pierre jaunit le papier », « le verre
casse ou se casse/Pierre casse le verre »). Il y voit une
polysémie modulaire et considère ces verbes comme des polymodulaires.
Il n’empêche qu’il faut bien traiter ce type de cas. Fillmore
proposait une démarche très empirique consistant à poser la forme
canonique des verbes de ce type :
[objet,(instrument),(agent)]
et pose comme règle que sur la base de cette forme
trois cas sémantiques sont possibles, correspondant aux trois arguments
et que l’objet est obligatoire tandis que l’on peut omettre l’agent
et l’instrument. Il en induit que si l’agent est absent, le sujet
devient l’instrument, et que si l’agent et l’instrument sont
absents, le sujet devient alors l’objet. D’une part, il n’y a pas
trois cas possibles mais quatre. D’autre part, il faudra bien
déterminer sémantiquement qu’elle est l’agent et quel est l’instrument,
le sujet syntaxique étant à cet égard sans secours. La solution est
probablement à trouver au niveau de l’analyse sémique dès lors qu’un
élément inanimé autre que le vent, l’eau ou la lumière et la
chaleur du soleil n’est pas susceptible d’une action. Peut-être
faut-il voir dans ce phénomène une forme de métonymie si bien
décrite par Robert Martin (1992, p.79-81). Peut-être faut-il
également se poser la question de savoir si la pierre qui casse la
branche agit seule ou si elle est mue par une force invisible.