- Une base de connaissances juridiques
- Un système de raisonnement
La base de connaissances juridiques comporte des
composants primaires et des composants secondaires
- Les composants primaires sont les composants
normatifs bruts, à savoir les textes eux-mêmes et les principes
de droit et de jurisprudence non directement rattachables à un
texte auxquels nous avons donné une structure au moyen des
opérations normatives étudiées précédemment. Ces composants
ont un statut qui détermine les conditions de leur intégration
dans des traitements avals. S’y ajoutent les cas d’application
des textes et principes considérés qui sont autant d’actes
interprétatifs conférant aux textes juridiques leur valeur
normative.
- Les composants secondaires sont le produit
des traitements appliqués par le système linguistique aux
composants primaires. Ces composants secondaires sont structurés
en un système comprenant des acteurs, des concepts, des actes et
des normes. Les actes peuvent être des actes simples ou des actes
complexes correspondant à des procédures. Les normes s’inscrivent
dans des hiérarchies complexes d’actes normatifs et vont de la
norme la plus générale (Constitution, principe général) à des
normes spécifiques (celles qui régissent un organisme
particulier ou une catégorie d’organismes par exemple). La
règle spécifique est attachée à l’acteur ou à l’acte dont
elle est indissociable. La règle générale est un objet à part
entière.
Le système de raisonnement se compose d’un
certain nombre de modules dont la liste exhaustive supposerait que l’on
ait complètement élucidé et formalisé tous les aspects du
raisonnement juridique. C’est un champ de recherche immense aux
multiples compartiments par rapport auquel nous sommes restés comme
en lisière, notre priorité ayant été la constitution de la base
de connaissances. Certains modules peuvent avoir un rôle très
général. D’autres peuvent être le résultat de constructions
doctrinales spécifiques. Nous ne pouvons ici que donner quelques
aperçus partiels :
Dans la catégorie des modules transversaux, nous
pouvons citer plus particulièrement :
- module de gestion dynamique des
définitions-catégorisations
- module d’analyse et de
compréhension : il s’agit du module sémantique terminal
du système d’analyse linguistique. Il intervient ici autant en
tant que gestionnaire de la base de connaissances que comme moyen
d’exploitation de cette base : navigation, interrogation,
extraction. Il comporte des sous-modules correspondant aux
différentes structures normatives que nous avons regroupées en
sept grandes familles de normes précédemment identifiées et qui
sont le produit des opérations normatives logico-discursives :
normes définitionnelles, institutives, explicatives,
attributives, déclaratives, descriptives, prescriptives
- module de gestion dynamique de la
qualification juridique, ce module pouvant faire appel à
plusieurs méthodologies (faisceau d’indices ou approche
multicritères, raisonnement probabiliste, réseaux de neurones,
etc.)
- module de raisonnement par précédent et par
analogie, module susceptible de travailler avec les deux premiers
- module de raisonnement par classification
(raisonnement taxinomique)
- module de résolution des conflits de normes
ou de décision
- module de raisonnement par
généralisation-extrapolation
Parmi les modules à vocation spécifique, nous
pouvons seulement amorcer une liste qui risque d’être
particulièrement longue :
- application du principe d’égalité
- application des principes de l’application
des textes normatifs dans le temps (principe général de
non-rétroactivité, application rétroactive de la loi pénale
plus douce, théorie du retrait, etc.)
- application des principes de la
responsabilité civile
- application des principes de la
responsabilité administrative, ces constructions faisant
nécessairement appel à d’autres modules (celui de la
qualification juridique pour la notion de faute par exemple)
- application des principes de séparation des
compétences administratives et judiciaires
- etc.
Autant dire que la conception de ces modules
dépend très largement du domaine du droit auquel on s’intéresse.
En effet, si nous avons voulu conduire une
réflexion susceptible de s’appliquer à l’ensemble des textes
normatifs, il va de soi que l’application du système ne saurait
être développée que de manière modulaire sur des domaines du
droit à la fois circonscrits et homogènes pour être
opérationnellement pertinente.
