Nous observerons néanmoins que les syntagmes nominaux
« culture générale » et « qualification
reconnue » n’apparaissent pas indépendamment des deux syntagmes
produits de l’opération r 3 avec le terme
d’acquisition, ce qui empêche de voir dans cette occurrence de
l’opération r 3 la source d’une
dénivellation par rapport au thème « acquisition » ou bien
« culture générale » ou « qualification
reconnue ». Toutefois, la dénivellation est effective par rapport
à « droit à l’éducation ». L’acquisition d’une
culture générale est en réalité un élément contigu au droit
à l’éducation avec lequel il se trouve donc en relation par une
opération r 2. L’intégration scolaire
des jeunes handicapés se trouve dans la même situation.
Ce type d’opération appelle deux remarques.
D’abord, il est fait un usage de la notion d’effet rhétorique en
parfaite cohérence avec la théorie sémique de F. Rastier, en
particulier, avec la notion d’afférence. Selon F. Rastier l’afférence,
par opposition aux sèmes inhérents qui dépendent du système
fonctionnel de la langue, résulte de l’effet d’un sémème sur un
autre n’appartenant pas au même taxème ou au même domaine.
« Automne » et « vie » n’appartiennent ni au
même taxème, ni au même domaine. Dans l’expression « automne
de sa vie », le mot automne perd l'essentiel de son sens propre
dérivé de ses sèmes inhérents, pour ne garder que son positionnement
relatif dans le cycle des saisons par assimilation du cycle des saisons
à celui de la vie.
Ensuite, ce type d’effet rhétorique n’a pas normalement sa place
dans un texte normatif. Nous n’avons aucune chance de trouver un
exemple semblable dans un texte législatif ou réglementaire.
- w :
Enoncé ® classe-objet. Elle consiste à
condenser un énoncé et à le désigner à l’aide du nom d’une
classe-objet. Ex. :
« Un analyste politique a écrit au lendemain
des élections européennes que l’échec du RPR était la conséquence
de ses propres contradictions. Ce jugement mérite qu’on s’y
arrête » (Le Monde, 10.7.79).
La nominalisation, qui prend pour objet le
précédent énoncé, a valeur de commentaire (ABP, 1984, pp. 79 et
89-90). Elle est donc a priori peu compatible avec le texte normatif
dans lequel le locuteur, qui est le législateur, est unique et ne se
prête lui-même à aucune forme de dédoublement.
- i :
élément d’énoncé ® classe-objet. Elle
consiste à prendre un élément d’énoncé comme base d’un nouvel
énoncé.
Exemple (art. 1 al. 5 loi du 10 juillet 1989) :
« Dans chaque école, collège ou lycée, la
communauté éducative rassemble les élèves et tous ceux qui, dans l’établissement
scolaire, ou en relation avec lui, participent à la formation des
élèves.
« Les élèves et les étudiants élaborent
leur projet d’orientation scolaire, … »
Faute de dénivellation, laquelle n’est pas
toujours possible, on a une rupture logique dans le texte, laquelle peut
être plus ou moins marquée, la dénivellation pouvant être implicite
ou à l’état latent ou indirect, et relever de l’association de
pensée plus que d’une logique rigoureuse.
Ainsi (art. 1 al. 6 et 7 loi du 10 juillet
1989) :
« Les élèves et les étudiants élaborent
leur projet d’orientation scolaire, universitaire et professionnelle
en fonction de leurs aspirations et de leurs capacités avec l’aide
des parents, des enseignants, des personnels d’orientation et des
professionnels compétents. Les administrations concernées, les
collectivités territoriales, les entreprises et les associations y
contribuent.
« Des activités périscolaires prolongeant le
service public de l’éducation peuvent être organisées avec le
concours notamment des administrations, des collectivités
territoriales, des associations et des fondations, etc. »
Le premier enchaînement semble correspondre à une
opération i , à cette nuance près que, si
les élèves sont bien dans l’énoncé précédent, dont le cadre
paraît bien se limiter aux écoles, collèges et lycées, il n’en va
pas de même des étudiants. Si l’on peut raisonnablement parler de
communauté éducative dans le premier cas, cette notion s’applique
plus difficilement au contexte universitaire.
En dépit de l’apparence initiale, ce paragraphe ne
peut donc être placé dans la dépendance du paragraphe précédent
dont le thème est la communauté éducative, mais se situe au même
niveau, donc dans la dépendance du droit à l’éducation et l’opération,
dans ces conditions, n’est pas une opération i
, mais une opération r 2 (objet contigu).
Il y a également rupture de continuité avec le
paragraphe qui suit. Ici, l’enchaînement relève clairement de l’association
de pensée. On part de l’orientation scolaire, universitaire et
professionnelle à laquelle de multiples partenaires sont susceptibles
de participer, puis l’on s’avise que certains de ces partenaires,
au-delà de l’orientation strictement définie, peuvent apporter
également des activités périscolaires prolongeant le service public
de l’éducation et peuvent avoir un effet bénéfique sur le
développement individuel.
La suite du texte paraît également en situation de
juxtaposition par rapport au texte qui précède.
« L’éducation permanente fait partie des
missions des établissements d’enseignement supérieur ; elle
offre à chacun la possibilité d’élever son niveau de formation, de
s’adapter aux changements économiques et sociaux et de valider les
connaissances acquises. »
Le lien avec l’énoncé précédent peut être
trouvé dans le caractère accessoire, bien que reconnu fondamental, de
la formation permanente, au regard de la mission d’enseignement à l’égard
des élèves et des étudiants. Car, si les activités périscolaires
peuvent faire appel au concours de partenaires, administrations et
collectivités territoriales notamment, les établissements en sont les
organisateurs, comme la formation permanente pour les établissements d’enseignement
supérieur.
La condensation-expansion n’a peut-être pas la
fréquence qu’elle a dans d’autres genres de textes, mais elle n’est
pas exclue des textes normatifs.
Ex. (art. 1 al. 4 loi du 10 juillet 1989)
:
« Les écoles, les collèges, les lycées et
les établissements d’enseignement supérieur … dispensent une
formation adaptée dans ses contenus et ses méthodes aux évolutions
économiques, technologiques, sociales et culturelles du pays et de son
environnement européen et international. Cette formation peut
comprendre… »
Le terme cette formation est une nominalisation
partielle de l’énoncé précédent associée à un démonstratif
anaphorisant et permet d’enchaîner sur un nouveau développement
(expansion). Il est le signe d’une dénivellation (ABP, 1984, p. 76).
Il s’agit d’une opération i selon les
classifications opérées par la logique naturelle (J-B Grize, 1997,
p.89)
Inférences
progressives et regressives
Les inférences progressives (de la cause à la
conséquence, articulé autour de la conjonction « donc »)
et régressives (de la conséquence à la cause, articulé autour de la
conjonction « car » ou « parce que ») font
partie d’une analyse de la séquentialité, mais ayant un caractère
conclusif, elles sont a priori inexistantes dans les textes normatifs,
ceux-ci ne visant pas une démonstration.
Observations
conclusives
Nous pouvons maintenant donner le squelette en
logique naturelle de l’article 1 de la loi d’orientation sur l’éducation.

Quelques remarques doivent compléter cette
présentation.
Nous nous sommes principalement attachés à l’articulation
des thèmes les uns par rapport aux autres, étant observé que la
structuration en paragraphes est parallèle à celle des thèmes, un
même paragraphe ne comportant, sauf anomalie toujours possible, qu’un
seul thème. Au sein donc d’un même paragraphe, nous rencontrons donc
un enchaînement de thématisations faibles par rapport à la première
thématisation qui est une thématisation forte, pour reprendre la
distinction faite par R. Martin.
L’enchaînement de thématisations faibles
correspondent chez ABP 1987 soit à des expansions soit à des
dénivellations introduites par des opérations qui placent très
clairement le nouvel énoncé dans la dépendance de l’énoncé
précédent, ce que réalisent les opérations w
et t.
L’exemple complet de l’alinéa 4 de l’article 1
de la loi sur l’éducation, déjà évoqué, est parfaitement
illustratif :
« Les écoles, les collèges, les lycées et
les établissements d’enseignement supérieur, sont chargés de
transmettre et de faire acquérir connaissances et méthodes de travail.
Ils (expansion) contribuent à favoriser l’égalité entre les hommes
et les femmes. Ils (expansion) dispensent une formation adaptée dans
ses contenus et ses méthodes aux évolutions économiques,
technologiques, sociales et culturelles du pays et de son environnement
européen et international. Cette formation (t
) peut comprendre un enseignement, à tous les niveaux, de langues et
cultures régionales. Les enseignements artistiques ainsi que l’éducation
physique et sportive concourent directement à la formation
(expansion du thème formation avec focalisation sur
enseignements artistiques et éducation physique et sportive) de tous
les élèves. Dans l’enseignement supérieur (expansion du thème formation
avec focalisation sur l’enseignement supérieur), des activités
physiques et sportives sont proposées aux étudiants.»
Seconde observation conclusive. Les opérations
logico-discursives qui donnent au texte sa structure sont
linguistiquement analysables.
Pour les opérations g 1
à 4, dont nous respectons la classification, mais qui recouvrent des
phénomènes linguistiquement hétérogènes (quantification pour g
1a, relation genre à espèce pour g 1b, partie
de pour g 2, etc.), nous observons que l’analyse
présuppose la construction préalable non seulement du sémème, mais
aussi du sémiogramme (cf. Pottier 1974, p. 105, 1992, p. 37) de la
lexie considérée.
Pour les opérations r ,
qui sont exposées à la même remarque que les opérations g
, il apparaît problématique de poser comme préalable nécessaire à
la compréhension et à l’analyse linguistique la pleine connaissance
du domaine dans lequel l’objet se trouve inséré. D’une part, la
difficulté de la description du domaine est telle que tout espoir de
traitement automatisé paraît bien illusoire. D’autre part, tout en
nous référant à la conception du domaine développée par F. Rastier,
et largement amorcée par B. Pottier en tant que domaine d’expérience,
et bien que le domaine soit lié à des normes sociales (F. Rastier,
1987, p. 50), rien n’indique que le domaine doive être interprété
comme un ensemble de définition figé. Sans rejoindre complètement J-B
Grize (1997, p. 84) quand il dit que c’est l’auteur qui construit le
domaine dans lequel il insère l’objet, on doit admettre que l’auteur,
ici le législateur, contribue à la construction du domaine. Le domaine
apparaît donc comme un ensemble à la fois socialement déterminé et
constitutivement dynamique. En conséquence, l’identification
linguistique des opérations r ne peut se
faire que de manière interactive, et c’est dans la mesure où le
thème de l’énoncé apparaît comme n’appartenant pas au faisceau
ou au sémiogramme de l’objet de référence, et qu’il est reconnu
soit automatiquement soit par l’analyste comme appartenant au domaine
de ce dernier, que l’on peut inférer une opération r
. On observera toutefois que dans un texte législatif ou
réglementaire, la non appartenance au domaine de l’objet de
référence est une hypothèse assimilable à une incongruité assez peu
vraisemblable. Le traitement linguistique du texte vient donc
nécessairement enrichir la base de connaissance qui conditionne la
compréhension du texte en aval.
Quant aux opérations w et
t , elles relèvent d’une analyse
linguistique locale qui ne nous paraît pas poser de difficulté
insurmontable bien que non triviale.
Troisième observation conclusive. Nous pouvons sans
peine articuler les opérations logico-discursives qui fondent l’organisation
générale du texte, et les opérations logico-normatives que nous avons
identifiées au chapitre précédent. Les opérations logico-normatives
sont elles-mêmes significatives de dénivellations et de ruptures et
participent de ce fait aux opérations logico-discursives générales au
sens de la logique naturelle.
Nous pouvons illustrer le propos en examinant le
chapitre 1er consacré au « droit à l’éducation »
du titre 1er de la loi sur l’éducation.
Le titre du chapitre « Le droit à l’éducation »
fait pleinement partie du texte de la loi et rattache donc ce chapitre
au second alinéa de l’article 1er.
L’article 2 traite de l’âge à partir duquel le
droit à l’éducation commence à prendre effet.
« Art. 2. – Tout enfant doit pouvoir être
accueilli, à l’âge de trois ans, dans une école maternelle ou une
classe enfantine le plus près possible de son domicile, si sa famille
en fait la demande.
« L’accueil des enfants de deux ans est
étendu en priorité dans les écoles situées dans un environnement
social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales ou de
montagne. »
Le premier alinéa est, au sens de nos définitions,
une norme attributive de droit (NAD), symétriquement prescriptive d’obligation
(NPO).
Le second alinéa est également une NAD mais il n’a
sémantiquement de sens que par rapport à l’alinéa précédent. Son
thème « l’accueil des enfants » s’obtient par une
opération w par laquelle l’énoncé
« tout enfant doit pouvoir être accueilli » est nominalisé
par « l’accueil des enfants »
Dans le premier alinéa la classe-objet « tout
enfant » est délimitée par une opération r
1 qui permet d’obtenir « tout enfant, …, à l’âge de trois
ans ». Dans le second alinéa une autre opération r
1 entraîne une autre délimitation de la classe-objet «enfants de deux
ans ».
En fait l’opération w
suffit à provoquer une dénivellation qui reprend pour les enfants de
deux ans l’obligation créée par l’alinéa 1 en la restreignant aux
environnements sociaux défavorisés en zones urbaines, rurales ou de
montagne.
L’analyse peut être poursuivie à propos des
autres articles de la loi.
L’article 3 offre un autre type d’articulation.
Le premier alinéa est une norme attributive d’objectif
(NAO) :
« Art. 3. – La Nation se fixe comme objectif
de conduire d’ici dix ans l’ensemble d’une classe d’âge au
minimum au niveau du certificat d’aptitude professionnelle ou du
brevet d’études professionnelles et 80 p. 100 au niveau du
baccalauréat. »
Le second alinéa commence par une norme attributive
de droit (NAD) suivie immédiatement, enchâssée dans la précédente,
d’une norme prescriptive d’obligation (NPO).
Le thème du second alinéa, « tout élève,…,
à l’issue de la scolarité obligatoire » est introduit par une
opération g 2 (ingrédient ou partie de)
immédiatement combinée à une opération r 1
qui assure la délimitation de la nouvelle classe-objet « tout
élève qui à l’issue de la scolarité obligatoire n’a pas atteint
un niveau de formation reconnu ».
La NAD naît de l’enchaînement « doit
pouvoir poursuivre des études afin d’atteindre un tel niveau ».
Il s’ensuit pour l’État une NPO en vertu de laquelle il
« prévoira les moyens nécessaires, dans l’exercice de ses
compétences, à la prolongation de scolarité qui en
découlera. »
Enfin, quatrième et dernière observation
conclusive, les opérations logico-discursives mises en évidence par la
logique naturelle font apparaître les limites des graphes conceptuels
de J. Sowa comme moyen de représentation du langage.
Il convient à cet égard d’abord d’observer que
pour la représentation du langage la difficulté principale ne se situe
pas dans les graphes conceptuels ou dans le choix d’un mode de
représentation, mais dans l’analyse linguistique qui conditionne la
forme de la représentation. A aucun moment l’utilisation des graphes
conceptuels ou de toute autre mode graphique ou non de représentation
ne permet de faire l’économie d’une analyse linguistique
préalable. Seule une conception simpliste de la langue ou un usage
inconsciemment réducteur des graphes conceptuels permet d’attribuer
un caractère universel à ce mode de représentation.
Trois exemples peuvent être apportés à l’appui
de ce propos.
Premier exemple. Entre les opérations g
4 et r 4, il existe une différence qui tient
à la situation communicationnelle. g 4
désigne un aspect de l’objet de manière objective : l’abondance
des espèces végétales. r 4 est
une opération formellement identique, mais qui comporte une implication
de l’auteur sous forme d’une figure de rhétorique de type
métaphorique : l’automne de sa vie. Il est clair
que si l’on avait l’approche de la fin de sa vie, on
aurait objectivement ou logiquement la même chose. Il est clair que le
rendu des graphes conceptuels se limite à l’aspect formel de l’opération
et ne fait donc pas la différence entre g 4
et r 4.
Second exemple. Les opérations w
et t sont justiciables de deux
représentations différentes en graphes conceptuels.
Opération w
« Un analyste politique a écrit au lendemain
des élections européennes que l’échec du RPR était la conséquence
de ses propres contradictions. Ce jugement mérite qu’on s’y
arrête » (Le Monde, 10.7.79).

Opération t
:
« Les écoles, les collèges, les lycées et
les établissements d’enseignement supérieur…dispensent une
formation adaptée dans ses contenus et ses méthodes aux évolutions
économiques, technologiques, sociales et culturelles du pays et de son
environnement européen et international. Cette formation (t
) peut comprendre un enseignement, à tous les niveaux, de langues et
cultures régionales.

Une autre représentation faisant mieux ressortir les rapports de
coréférence (J. Sowa, 1993, p. 8) et les rapports diaphoriques est
la suivante :

Il apparaît bien que ce type de représentation
offre un très bon rendu de la structure du texte, et la linéarité en
est sauve.
On doit cependant observer que dans le premier
exemple, l’opération w est typique, comme
nous l’avons déjà souligné, d’un commentaire, c’est à dire de
l’introduction d’un point de vue qui est celui de l’auteur du
texte, ou d’un tiers pris en charge par l’auteur. Il y a bien une
prise de distance de l’auteur par rapport à l’énoncé qu’il
vient lui-même de produire.
On trouvera dans ABP, 1984, pp. 78-80, un exemple d’enchâssement
de points de vue différents sur un même sujet :
"On peut avoir, comme on dit, son franc-parler,
on peut y aller franchement, on peut parler librement (1).
"Ce franc-parler est le parler populaire, en
situation populaire, lorsqu’on met entre parenthèses les lois du
marché (2).
"Mais ce serait une erreur de dire : le
vrai langage populaire, c’est le franc-parler : la vérité de la
compétence populaire, c’est aussi le fait que, quand elle est
affrontée à un marché officiel, elle est détraquée, tandis que,
quand elle est sur son terrain, c’est un franc-parler (3)."
Nous laissons de côté l’analyse détaillée de
Catherine Péquegnat sur ce texte de Pierre Bourdieu. L’essentiel est
la mise en évidence de trois plans d’argumentation, de « trois
points de vue qui sont autant de positions relativement à « ce
dont on parle » ».
Le second plan est un commentaire, introduit par une
opération w , représentatif d’un point de
vue sociologique impersonnel.
Le troisième plan, introduit par une opération r
2 (la « compétence populaire » = objet contigu de
« parler populaire »), précédée d’une marque de prise
de position de l’auteur (« ce serait une erreur de… »),
est caractéristique d’une prise de position de l’auteur par rapport
au commentaire précédent.
Il est clair que la représentation par graphes
conceptuels, qui ne porte que sur les aspects formels du langage, est
impuissante à exprimer les changements de perspectives inclus dans le
texte. A tout le moins faudrait-il admettre une représentation non pas
en deux dimensions, mais en trois, voire davantage. Les dimensions
pragmatiques et argumentatives échappent totalement aux graphes
conceptuels.
Nous voyons que ce qui est vrai au niveau phrastique
est donc également vrai au niveau interphrastique.
Rappelons que la représentation en graphes
conceptuels, comme la grammaire générative qui reste déterminée par
le formalisme syntaxique (cf. B. Pottier, 1992, p. 77-79), n’est pas
en mesure de différencier au plan sémantique les énoncés suivants,
qui relèvent du même type syntaxique :
- « Le loup / a vu le renard. »
- « Mon épicier / a écrasé un
chien. »
- « Son départ / a provoqué un
scandale. »
ou les syntagmes suivants :
- « la passion du jeu »
- « la maison de mon père »
En fait, les graphes conceptuels ne restent
fonctionnels au plan linguistique que par diverses surcharges destinées
à faire apparaître des notions d’une autre nature, telles que l’indication
des voix et statuts.
Autrement dit, les graphes conceptuels, qui offrent
en tout état de cause, un mode de représentation particulièrement
suggestif, doivent être qualifiés pour être pertinents. Ils ne valent
que par la qualité de l’analyse linguistique conduite en amont. Le
bon usage des graphes conceptuels suppose une bonne conscience des
limites qui leur sont consubstantielles.
Il demeure que les textes normatifs qui par
définition ne comportent qu’un auteur abstrait, le législateur ou l’autorité
réglementaire, et qu’un seul destinataire, également abstrait, le
sujet de droit, n’offrent pas d’occasion de démultiplication des
perspectives. Dans ce sens, on peut dire que, au contraire d’autres
types de texte, le texte normatif est un texte plat, à une seule
dimension. Nous avons déjà fait cette observation à propos de la
dimension rhétorique des textes normatifs. Les graphes conceptuels sont
donc une mode de représentation adapté aux textes normatifs.