Enoncé simple et
énoncé complexe -
la question de la coordination
Nous posons ici la question de la légitimité de la
distinction entre énoncé simple et énoncé complexe.
Si l'on reprend, en effet, la définition selon
laquelle l'énoncé complexe est une séquence d'énoncés simples
coordonnés, la question centrale est celle de la coordination.
Il nous paraît que la légitimité existe à la
condition expresse qu'il soit possible de recomposer l'énoncé complexe
à partir des énoncés simples. Or, nous avons vu que les énoncés
simples ne peuvent être recomposés à partir des schèmes
d'entendement élémentaires que si l'on garde trace des relations qui
les unissent au sein du modèle actanciel. Autrement dit, ce qui fait
l'unité de l'énoncé simple, c'est le modèle actanciel
sous-jacent, que l'on retrouve dans le modèle syntaxique. Ce qui fait
l'unité des énoncés complexes, ce sont les coordinations entre les
énoncés simples qui les composent. Nous verrons que, contrairement à
l’exemple étudié, il n’est pas toujours possible de recomposer les
coordinations entre énoncés simples, le type de coordination ne
pouvant se présumer sans une mémorisation préalable. C’est au
niveau sémantique que les coordinations devront être traitées. Ce qui
implique la nécessité de construire des modèles actanciels adaptés
à la structure des énoncés complexes.
Cette constatation a une conséquence essentielle
concernant le problème de la multiplicité des variantes possibles d'un
même texte. En effet, il résulte de ce qui précède que les
possibilités de variantes existent sans perte de sens significative à
l'intérieur des énoncées simples, en agissant sur le modèle
actanciel et notamment en faisant varier le niveau d'intégration des
composants. Ces
possibilités existent également à l'intérieur des énoncés
complexes au niveau des coordinations.
Observons dès maintenant qu'au-delà de l'énoncé
complexe, les coordinations existent au sein des énoncés simples et
également entre énoncés complexes. Du fait de l'existence de ces
coordinations entre énoncés complexes, moins explicites que les
coordinations internes, il est clair qu'il existe une certaine porosité
entre les énoncés complexes et le reste du texte avec lequel ils
entretiennent des connexions logiques. Ce point, qui ouvre de nombreuses
possibilités de variations sémantico-syntaxiques autour d'un même
modèle conceptuel, serait à développer.