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Langue 2 - 6 Analyse  linguistique

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Conclusions et modélisation

L'analyse précédente appelle diverses observations.

1) Dans une approche statistique, nous constatons :

- que nous avons sélectionné 13 sémèmes,

- que nous avons identifié 53 traits génériques et spécifiques (7 dimensions, 9 domaines, 10 taxèmes et 27 sèmes spécifiques), soit une moyenne de 4 traits pour un sémème,

Le ratio de 4 traits pour un sémème suggère que le nombre de sèmes puisse être sensiblement plus élevé que celui des sémèmes, ce qui pourrait décourager ceux qui espèrent trouver une liste limitée de sèmes permettant de décrire tous les mots du dictionnaire. Cet espoir est peut-être exagéré. Il ne faut pas cependant tirer de conclusions hâtives de ce qui évoque de prime abord une sorte d'explosion sémique. En effet, à mesure que nous progresserons dans l'analyse de nouveaux sémèmes, nous constaterons que nous réutilisons souvent les mêmes sèmes. Ainsi, les sémèmes ‘formation’ et ‘instruction’ ne requerrons aucun sème nouveau. Les sèmes qui en fixent le contenu sont un sous-ensemble du sémème de ‘éducation’.

2) Étant donné que les domaines et les taxèmes correspondent eux-mêmes à des taxes, ils ont leurs propres sémèmes , et ils peuvent apparaître comme simples taxes dans le texte. Et leurs sémèmes entrent dans la composition du classème  des sémèmes dont ils sont hyperonymes, de telle sorte que leurs sèmes  spécifiques  sont des sèmes génériques  pour les sémèmes hyponymes. Dès lors, on peut soit intégrer au classème du taxe  hyponyme  le nom du domaine  ou du taxème  correspondant, sachant que le taxe hyponyme hérite dans son classème de tous les sèmes des taxes hyperonymes, soit intégrer directement aux classèmes les sémèmes hyperonymes.

Du point de vue du calcul des isotopies, les deux solutions ne sont pas équivalentes.

Prenons l'exemple du mot "éducation" qui est en même temps un nom de domaine  et un mot de la phrase. Les sèmes spécifiques d'Éducation, sont comptés dans le calcul de l'isotopie spécifique. Mais les mêmes sèmes devraient également ressortir dans le calcul de l'isotopie générique provoquée par l'appartenance de plusieurs mots ou expressions au domaine "Éducation", ce qui n'est pas le cas si l'isotopie est identifiée seulement par l'intitulé du nom de domaine.

Ainsi "éducation" apparaît 4 fois comme domaine  pour "service public de l'éducation" (2 fois), pour élèves" et pour "étudiants" (1 fois), soit comme sème  générique , et les sèmes spécifiques  d'éducation" apparaissent en tant que sèmes spécifiques pour "éducation". Sans négliger en quoi que ce soit le caractère opératoire de la distinction entre isotopie  générique et isotopie spécifique, il apparaît que le repérage des isotopies sans spécification supposerait que soient cumulés les sèmes d'"éducation", en tant que sème générique et en tant que sèmes spécifiques. Dans ce cas, on constate qu'ils apparaissent 5 fois au lieu de une seule fois dans les 3 phrases du premier alinéa de l'article 1 de la loi étudiée.

3) La question se pose de la prise en compte dans le calcul des isotopies du phénomène de la vision mise en évidence au sujet  de l'analyse relationnelle.

On peut d'abord penser que le point de départ choisi sur l'orientation (la visée ) (Pottier  1974 p.136) justifie un renforcement de l'isotopie  correspondante. Ainsi, l'énoncé "L'éducation est la première priorité nationale" n'est pas exactement équivalent à l'énoncé "La première priorité nationale est l'éducation".

En second lieu, la sélection des éléments d'un schème doit entrer en ligne de compte. En particulier, lorsqu'un élément n'est pas sélectionné (élément vide). Dans "Le service public de l'éducation est conçu et organisé...", l'élément qui conçoit et organise est vide et ne peut être évalué. On peut penser que la suite du texte ou d'autres textes législatifs ou réglementaires apportent les précisions utiles sur les autorités responsables de la conception et de l'organisation du service public de l'éducation.

On peut penser en troisième lieu que les différences de puissance entre les actants qui différencient la diathèse active de la diathèse attributive  (Pottier 1992 p. 131) (cf. diathèse) justifient également un traitement différencié des sèmes  correspondants. Ainsi, dans "il (le service public de l'éducation) contribue à l'égalité des chances", l'accent est mis davantage sur "service public de l'éducation" que sur "égalité des chances". Il est clair que la puissance respective des actants suit des gradations très subtiles, dans les nuances desquelles il n'est a priori pas question d'entrer dans le cadre de notre étude.

Dans l'immédiat, nous proposerons d'affecter la valeur 0 aux éléments non sélectionnés, de doubler la valeur des sèmes  de l'élément sur lequel s'effectue la visée, et de faire de même pour l'actant sujet dans la voix active.

4) Peut-on établir, de manière non intuitive, le thème ou les thèmes du premier alinéa de l'article 1 à partir de la cohésion textuelle dérivée de l'analyse sémique ?

Il résulte de l'analyse précédente que nous avons sur l'ensemble de l'alinéa une isotopie  mésogénérique //éducation// et à partir de la seconde phrase une isotopie microgénérique //service public// renforcée par une isotopie spécifique fondée sur une molécule sémique composée des sèmes  /moyens/, /but/, sèmes qui sont déjà présents dans le taxème  //service public//. Cette isotopie microgénérique se surimpose à l'isotopie mésogénérique pour donner une isotopie générique //service public de l'éducation//.

Nous avons deux solutions pour traiter ce paragraphe. L'une, qui est celle des rédacteurs du texte, est de considérer l'homogénéité des trois énoncés et donc de les regrouper en un seul alinéa; la seconde, qui eut, à notre avis, été préférable, est de considérer le premier énoncé comme porteur d'un thème  unique "éducation" et les deux suivants porteurs d'un second thème, résultat de la convergence des deux isotopies méso et microgénériques concentrées à titre principal sur une seule lexie  reproduite deux fois "service public de l'éducation".

On voit donc sur cet exemple que l'identification d'un thème  suppose un traitement à deux degrés. Après identification de la ou des isotopies génériques, trouver l'éventuel lexie  porteuse du complexe  isotopique considéré, cette lexie étant le thème générique du paragraphe, ou à défaut s'en tenir à l'isotopie  générique non lexicalisée dans le texte.

Nous tirons de cette analyse comme première conclusion provisoire qu'il semble possible de réaliser de manière automatisée l'organisation d'un texte en paragraphes.

Cette analyse fait partie du parcours interprétatif  et sera réutilisée au moment de la génération. Elle devra néanmoins être complétée, car l’analyse sémique  en terme d’isotopie  n’est qu’un aspect de l’analyse textuelle. Ceci sera fait en quatrième partie.

5) Peut-on établir de manière automatisée l’organisation taxinomique d'un texte?

La réponse nous paraît devoir être positive à la condition d'avoir constitué préalablement un dictionnaire donnant la structure sémique de chaque morphème .

6) Peut-on établir à partir de l'analyse précédente le modèle  conceptuel d'un texte?

7) Peut-on établir de manière automatisée ou avec une assistance automatisée significative ce modèle .

Nous ne pouvons pour l'instant répondre à ces deux questions, mais seulement poser quelques jalons.

Nous disposons déjà de modèles  partiels :

- les schèmes d'entendement  et schèmes intégrés

- les taxinomies

Il est nécessaire de définir un modèle  plus global, tenant compte de la structuration du texte en parties, chapitres, articles et paragraphes.

Etant donné que pour l'instant, l'étude ne porte que sur l'article 1 de la loi d'orientation de l'éducation du 10 juillet 1989, bornons nous provisoirement au sous-ensemble de l'article 1 que sont les paragraphes.

Selon Pottier  (opus cit., § 246), un paragraphe est une combinaison d'énoncés unis entre eux par des éléments de relation : des coordonnants (et, mais, ou et leurs variantes : pourtant, cependant, en outre...), ou zéro (coordonnant implicite ).

Posons comme hypothèse que ces énoncés sont unis par un thème  commun.

Le modèle  global du ou des deux premiers paragraphes du texte étudié est représenté par la relation entre les deux thèmes  identifiés.

 

Le lien entre les deux paragraphes virtuels (dans le texte, ils n'en font qu'un), est constitué par le sème  /intérêt général/ qui est présent aussi bien dans l'expression "priorité nationale" et dans la lexie  "service public de l'éducation".

A chaque thème  est rattaché le sous-modèle  correspondant au paragraphe et à chaque énoncé du paragraphe.


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