Le second problème soulevé par la
présentation de Paul Amselek
est celui de la place de la linguistique dans l’interprétation
du texte.
Ce point mérite d’être élucidé, car il
semble que la situation a beaucoup évolué depuis quelques
décennies, que les frontières de la linguistique n’ont cessé d’être
repoussées, et que sur cette question il n’y a probablement pas un
accord général des auteurs.
Pour simplifier le débat avant d’entrer dans
une discussion plus approfondie, disons que de l’état d’outil
accessoire pour l’analyse d’un texte normatif, nous avons atteint
une situation où l’on est en droit de se demander si toute analyse
textuelle n'est pas d'abord une analyse linguistique
. Le droit étant essentiellement écrit, même quand il est
coutumier, et l’interprétation
du droit étant une « science du texte
juridique », on peut légitimement en tirer la conclusion que l’interprétation
du droit est essentiellement, prioritairement, une question d’ordre
linguistique. Si telle devait être notre conclusion, il faudrait bien
évidemment s’entendre sur le champ affecté à la linguistique dans
l’état actuel de nos connaissances, et sur le type de linguistique
qui est capable d’embrasser un champ aussi vaste.
Avant de nous avancer davantage, disons qu’à
nos yeux si l’interprétation
est devenue une question prioritairement d’ordre
linguistique, c'est que la linguistique a absorbé une grande part du
champ conceptuel, considéré jusqu'à présent comme
extra-linguistique. Pour autant, l’interprétation doit faire appel
à des mécanismes logico-conceptuels, qui vont se traduire dans le
langage, ou que le langage est obligé d’assimiler, mais qui ne sont
pas strictement linguistiques. Il y a donc un échange interactif
entre le niveau linguistique
et le niveau logico-conceptuel dont le langage porte
nécessairement la marque, puisque le langage est le moyen exclusif de
communiquer sur le droit.
Ce propos ne prendra consistance qu'à partir
d'un approfondissement des bases de l'analyse linguistique
.